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Fibre optique : les collectivités locales tirent le signal d’alarme

Déconnexions intempestives, raccordements impossibles, malfaçons… Dans certaines zones, les litiges liés à la fibre optique sont bien trop nombreux. 28 collectivités locales haussent le ton et menacent les opérateurs de représailles.

On nous avait promis du mieux ! Pourtant, la situation dans les points de mutualisation ne semble pas s’être améliorée. Ces armoires installées sur les trottoirs, qui servent à connecter les lignes des habitants du quartier aux réseaux de fibre optique des opérateurs, font toujours autant l’objet de dégradations. Équipements cassés, lignes débranchées, câbles mal installés, portes fracturées… Les problèmes sont nombreux, comme le révélait notre récente enquête. Et à chaque fois, ce sont les abonnés qui en subissent les conséquences à coups de déconnexions intempestives et de raccordements aléatoires.

Il y a un an, les fournisseurs d’accès à Internet et leurs sous-traitants qui interviennent dans ces armoires pour raccorder leurs clients avaient reconnu le problème et pris un certain nombre de mesures pour améliorer la situation. Ils s’étaient notamment engagés à faire accompagner chaque nouveau technicien d’un représentant de l’opérateur d’infrastructure (celui qui a installé l’armoire), à réaliser des audits pour identifier les sous-traitants indélicats ou encore à obliger les techniciens à insérer dans leurs rapports une photo de l’armoire prise après leur intervention. Sauf qu’un an après, les résultats sont loin d’être à la hauteur des espérances. À en croire les 28 collectivités signataires (pour la plupart des départements représentant au total plus de 14 millions d’abonnés à la fibre optique), pas moins de 85 % des comptes rendus d’exploitation fournis par les techniciens sont inexploitables. « Il manque souvent la photo, et quand il y en a une, ce n’est pas toujours celle de la bonne armoire. Il est même arrivé qu’une même photo accompagne plusieurs rapports », relate Pascal Bourdillon, le directeur de Berry Numérique. Certaines armoires dégradées ne sont pas non plus toujours remises en état par les opérateurs et tous les techniciens ne respectent pas les règles de sécurité élémentaires. Quant au contrôle des sous-traitants, il est quasiment impossible. « Nous n’avons pas accès à leurs plannings d’intervention, ce qui nous empêche de vérifier qu’ils font bien leur travail, explique Pascal Bourdillon. Les opérateurs nous assurent que la situation s’améliore, mais la vérité, c’est que les sous-traitants sont toujours aussi mal formés et mal payés et que les problèmes sont toujours aussi nombreux. C’est d’autant plus inacceptable que l’on commence à supprimer le réseau téléphonique dans certains territoires. »

350 € PAR RACCORDEMENT DE LIGNE

Face à cette situation, les 28 collectivités locales, réunies au sein de l’Avicca, ont émis deux nouvelles requêtes. D’une part, elles souhaitent que les opérateurs leur fournissent les plannings d’intervention de leurs sous-traitants afin de pouvoir procéder à des contrôles et avoir une idée plus précise des délais de raccordement des usagers. D’autre part, elles veulent que soit inversée la charge de la preuve de manière à ce qu’elles reversent aux opérateurs les frais qu’elles leur doivent au titre du raccordement (de l’ordre de 350 € par ligne) uniquement lorsque l’intervention a été parfaitement réalisée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Si les opérateurs venaient à refuser ces avancées, les collectivités menacent d’aller plus loin, par exemple en excluant les sous-traitants qui ne respecteraient pas les normes de sécurité et de qualité imposées, voire en suspendant temporairement les contrats les liant à certains opérateurs. Les abonnés ne pourraient alors plus souscrire aux offres de ces opérateurs. Pas sûr qu’elles mettent réellement ces menaces à exécution, mais ce coup de pression aura au moins le mérite de mettre en lumière une situation inacceptable.

Cyril Brosset