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Or et timbres : forts soupçons d’escroquerie et de blanchiment

L’Autorité des marchés financiers (AMF) a transmis au parquet national financier un dossier concernant Orclass et Arthur Maury, deux valeurs dont le cours aurait été artificiellement gonflé.

Quoi de plus attractif et sûr que l’or ? C’est l’argument maintes fois utilisé par des fraudeurs de tout bord pour prendre dans leurs filets des investisseurs à la recherche de placements rentables mais garantis. Les actions de sociétés investissant dans l’or se sont notamment multipliées depuis le début de la crise sanitaire… Mais aussi les fraudes, à l’image des manipulations de cours concernant les actions de la société Orclass (spécialisée dans les sites de rachat d’or en ligne), cotée sur le Marché Libre de Paris. Selon l’AMF, des commerciaux non habilités démarchaient depuis plusieurs années directement par téléphone les particuliers pour les convaincre d’investir rapidement dans les valeurs Orclass, qui devaient exploser. L’enquête du gendarme boursier a montré que la pseudo-société de courtage qui encourageait la vente de ces actions en possédait de nombreuses parts en propre ou pour un client. Sous l’effet d’achats importants issus d’un démarchage agressif, le cours des titres a grimpé. C’est à ce moment que le donneur d’ordres, qui possède un matelas d’actions, les a vendus en masse, empochant un gain substantiel, avant de disparaître et de cesser toute activité d’achat qui a entraîné une chute brutale de la valeur. Cette pratique porte un nom : « la bouilloire ». Une autre valeur fait l’objet du signalement de l’AMF : Arthur Maury, spécialisée, elle, dans la vente d’objets de collection (timbres-poste, médailles, objets en or).

PEU DE CHANCES DE RÉCUPÉRER SON ARGENT

À deux reprises, en juin 2018 puis en septembre 2019, l’AMF a mis en garde le public contre des manipulations de cours concernant les titres d’Orclass et d’Arthur Maury. Les gérants de ces deux sociétés ont, par voie de communiqué aux actionnaires, répondu qu’ils n’étaient pas à l’origine de « ces pratiques dont ils étaient eux-mêmes victimes ». Les craintes du gendarme de la bourse se sont en tout cas confirmées avec un effondrement des cours. Aujourd’hui, la cotation des valeurs Arthur Maury est suspendue à la demande de l’AMF tandis que celle d’Orclass a tout bonnement été radiée. Cette dernière a par ailleurs été placée en liquidation judiciaire. David Madar, directeur général et administrateur d’Orclass, est actuellement injoignable par téléphone au siège de la société, mais aussi à ceux des autres sociétés qu’il a ouvertes dans les domaines de l’informatique (DMS Media), de la finance (ICA) ou de l’immobilier (SCI Isamil). Ce dernier possède par ailleurs des liens financiers avec des responsables d’autres sociétés en liquidation judiciaire ou en sommeil (Le Groupe de l’Olivier, MarcoSerussi, etc.). Un certain nombre de ces entreprises sont domiciliées à la même adresse qu’Orclass, au 65 rue Michel-Ange à Paris.

Gérée aujourd’hui par Idalina, la société Arthur Maury, elle, a connu des difficultés financières, notamment en 2016, avec une décision de poursuite d’activité malgré un actif net devenu inférieur à la moitié du capital social. Il est cependant possible de joindre le site de vente en ligne Collections Arthur Amaury qui semble toujours en fonctionnement. Son avocat pourrait préciser rapidement la situation de l’entreprise et donner le point de vue de la direction.

Quoi qu’il en soit, les chefs d’inculpation d’escroquerie et de blanchiment dans les deux dossiers renforcent la probabilité d’une fraude organisée (soit par les dirigeants eux-mêmes, soit par des tiers ayant repéré des sociétés fragiles et faiblement capitalisées dont il est facile de manipuler les cours). Il existe un risque élevé que les responsables de ces délits aient planifié de se mettre au vert et qu’il soit difficile aujourd’hui de pouvoir remettre la main sur les montants escroqués. C’est pourquoi l’AMF insiste encore une fois sur l’importance du principe suivant : « Aucun discours commercial ne doit faire oublier qu’il n’existe pas de rendement élevé sans risque élevé » ! Il faut en outre toujours vérifier que l’intermédiaire financier qui propose des investissements est bien enregistré auprès de la juridiction dans laquelle la société prétend exercer.

Élisa Oudin